De la confraternité (3)

On m’avait dit que ça existait, mais je ne l’avais encore jamais constaté de mes propres yeux et j’avais du mal à y croire, mais c’est maintenant chose faite. J’ai vu et j’ai cru. Il existe des personnes qui proposent de corriger des romans sans avoir la moindre compétence pour le faire, mais en croyant pouvoir passer outre ce léger détail en utilisant un logiciel de correction ! Tout a commencé au détour d’une publication, sur un groupe d’aide entre auteurs autoédités sur Facebook, qui proposait des services de correction en 3 étapes, soit « l’orthographe, le style (les répétitions) et les adverbes ». Étonnée par cette approche originale, je clique pour accéder au site et en savoir plus.

Mouzelard annonce paint

Bon, devant vous, je joue les innocentes, mais en réalité, dès cet instant j’étais méfiante. D’une part parce qu’il y avait déjà une faute dans la publication sur Facebook (il fallait écrire « chers ») , mais aussi parce que j’avais depuis un moment remarqué cette personne se présentant comme conseillère littéraire et auteur. Il était d’ailleurs difficile de ne pas la remarquer puisqu’elle était omniprésente dans les nombreux groupes fréquentés par des auteurs en mal de notoriété comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais sceptique. J’avais regardé une vidéo dans laquelle elle était censée expliquer comment choisir ses bêta-lecteurs, mais où en fait elle disait seulement qu’il ne fallait pas demander à ses amis de remplir ce rôle et qu’on pouvait la consulter pour avoir d’autres conseils. J’avais la vague impression que cette jeune femme vendait du vent, ou plus exactement essayait de vendre du vent, parce qu’elle avait vraiment l’air d’être à l’affût du client. Toujours est-il que je me rends sur le site et je suis tout de suite choquée de voir deux fautes dans la première phrase ! Je cite : « Nous savons que le coût d’une correction peut s’avérer extrêmement couteuse pour l’auteur. » Explications : le mot couteux s’écrit avec un accent sur le « û », tout comme le mot coût d’ailleurs, et cet adjectif se rapporte au mot coût (nous remarquerons la richesse du vocabulaire, un « coût coûteux ») qui est masculin, il aurait donc fallu écrire « coûteux ». De plus, était-il nécessaire de préciser « pour l’auteur » ? Qui d’autre peut être concerné par le tarif d’une correction ? Le reste du texte, bien que très court, est lourd et pas très bien rédigé (« cela permet aux auteurs de bénéficier de ce qu’ils ont besoin et de payer moins cher pour un service professionnel »), et les explications sur les corrections sont succinctes et plutôt confuses (« la correction de l’orthographe [linguistique : erreur, etc.] et de la typographie »).

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Voyant cela, j’ai réfléchi deux minutes, mais n’ai pas réussi à résister à la tentation d’aller commenter la publication Facebook en disant ce que je pensais. Je me fais répondre que je suis jalouse et « qu’ils travaillent avec des logiciels » ! Et là, bien sûr, devant une répartie digne d’un enfant de CE1, l’envie est grande, très grande, de me lancer dans un échange que je sais à l’avance stérile, mais qui touche un sujet qui me tient vraiment à cœur, c’est-à-dire les « correcteurs » incompétents qui portent préjudice à l’image du métier que je pratique avec passion et honnêteté. Mais je vieillis, je m’assagis, et je n’ai pas tant de temps que ça à perdre, alors je décide de me taire, même si cela me coûte (ou coute ?). À ce moment-là, je ne suis pas encore certaine de bien comprendre cette histoire de logiciel. Mais le destin n’en fait qu’à sa tête et quelques minutes plus tard, une autre personne commente la publication. Il s’agit d’un de mes clients, je le précise par souci de transparence, mais je pense que ça n’a pas d’importance. Il dit en substance qu’il est d’accord avec moi et que le fait d’écrire sur Facebook ne dispense pas de faire preuve de sérieux. Je déduis de ses propos qu’il n’est pas allé sur le site, mais qu’il parle de la faute qu’on trouve dans la publication Facebook. Là, je suis bien obligée de répondre, parce qu’en effet, si le seul péché avait été la faute dans la publication, je n’aurais jamais rien dit, même si je n’en aurais pas moins pensé. Mais je suis indulgente pour les fautes sur Facebook parce que parfois on est sur son téléphone et c’est écrit tout petit, parfois le correcteur automatique intervient, parfois on n’a pas le temps de se relire, parfois on est dans le tram (histoire vécue)… Ce que je trouve grave, c’est qu’il y ait sur le site des fautes dans une page qui décrit des services de correction. C’est pour moi un non-sens absolu. Alors, je le précise en commentaire. Madame la conseillère littéraire intervient aussitôt en se posant une nouvelle fois en victime de ma jalousie et en répétant « nous utilisons des logiciels pour la correction » et en précisant que le site est en construction. Je suis intriguée par ce « nous ». Est-ce un nous de modestie, un nous de majesté ou un nous d’entourloupe qui vise à faire croire qu’il s’agit d’une entreprise composée de plusieurs personnes alors qu’en fait cette pauvre fille tente tant bien que mal, et plutôt mal que bien, d’ailleurs, de gagner sa vie en proposant ses services aux auteurs débutants, du moins j’ose espérer que seuls des auteurs débutants sont susceptibles de tomber dans le panneau ? Je suis surprise aussi par l’expression « aussi non » qu’elle utilise, et que pour ma part je n’ai jamais entendue ni lue. Mais j’ai à peine le temps de voir sa réponse que la publication disparaît et je me retrouve bloquée par la personne que je « jalouse ». J’ignore si la publication existe toujours, mais grâce à ma manie de ne jamais fermer mes onglets, qui exaspère beaucoup mon entourage, mais qui peut se montrer bien utile, nous en avons la preuve aujourd’hui, j’ai pu faire une capture d’écran de l’échange et également de la page du site qui comportait les fautes, fautes qui ont d’ailleurs immédiatement été corrigées, sauf une, qui subsiste encore au moment où j’écris ces lignes.

L’échange :
Capture Marine Mouzelard commentaires modif paint

Les fautes corrigées (si on fait abstraction de « ce qu’ils ont besoin ») :

Capture Mouzelard fautes corrigées

La faute oubliée :
Capture Mouzelard faute oubliée

Il faut se rendre à l’évidence, ce que cette personne affirme, c’est que le fait qu’elle ne maîtrise pas l’expression écrite n’a pas d’importance puisque ce n’est pas elle qui fait le travail de correction, mais bien un logiciel ! Voilà comment j’ai eu la confirmation que des gens prétendent offrir un service de correction « professionnel » en consacrant deux heures à passer le texte au correcteur d’orthographe pour un tarif de 196 € ! Sans oublier qu’il y a encore deux autres étapes pour avoir une correction complète, ce qui fait monter la note à 588 €, sans que jamais une personne compétente n’ait jeté le moindre coup d’œil sur le texte. Pour information, le logiciel Antidote, qui n’est pas parfait, mais qui est l’un des meilleurs logiciels de correction sur le marché et qui, de l’avis de la majorité de ses utilisateurs, ne dispense pas d’avoir un cerveau et de s’en servir, coûte environ 120 €. Alors, oui, si par professionnel on entend qui permet de gagner sa vie, ce service de correction est professionnel, mais il ne faut certainement pas en déduire que c’est le gage d’une quelconque qualité. Je me sens donc très à l’aise de tenir les propos que je tiens ici, parce que pour moi cette personne n’est pas une correctrice, et par conséquent elle n’est pas une de mes consœurs.

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De la confraternité (2)

 

 

J’ai déjà abordé ici la notion de confraternité après avoir reçu un courrier de la part de quelqu’un qui me reprochait de me moquer des fautes que les pseudo-correcteurs commettent dans leurs annonces sur Le bon coin. Un autre message reçu récemment par le biais du formulaire de contact de mon site internet m’amène à aborder encore une fois cette question. Cette fois, il s’agissait d’une personne se qualifiant de correctrice qui me reprochait mes tarifs trop bas. Voici le courrier en question :

« Bonjour

Nous sommes surprise des tarifs que vous pratiquez.

Nous sommes correctrice depuis des années et les tarifs que vous proposez sont extrêmement faible.

C’est de la concurrence déloyale. Le temps passé pour une correction ou relecture d’un document est très longue si on souhaite une travail assidu.

Cordialement »

D’abord, de toute ma vie, qui commence mine de rien à accumuler un nombre d’années plutôt respectable, jamais encore je n’avais été témoin de l’utilisation de « nous » pour parler de soi-même dans un simple courrier, fut-il anonyme. Même Alain Delon se contente d’utiliser « il ». De deux choses l’une, soit c’est un nous de modestie, mais qui ne se justifie que dans les travaux scientifiques, soit c’est un nous de majesté, utilisé selon notre bon ami Wikipédia par les rois, les personnes revêtues d’une autorité officielle ou encore les évêques. Rien dans le message ne laissant supposer que son auteur est dans un de ces cas de figure, j’en conclus que cette personne ne connaît pas les règles d’usage du nous de modestie et du nous de majesté, ce qui est déjà un petit peu embêtant pour une correctrice.

Être correcteur, c’est un peu comme être décorateur pour des clients aveugles. Il faut se méfier de la satisfaction d’un client qui, faisant appel à un correcteur précisément parce qu’il éprouve des difficultés à écrire sans faire de fautes, est de ce fait peu apte à juger de la qualité du travail de correction. C’est ainsi qu’on peut se déclarer correcteur et se retrouver à envoyer un courrier à une consœur dans lequel en l’espace de seulement quelques lignes, on ne trouve pas moins de 3 fautes pures et dures, deux phrases mal construites et deux mots ou expressions mal utilisés. Mon premier réflexe a été de ne pas répondre à ce courrier, m’imaginant que ce silence serait perçu comme du mépris et parlerait pour ainsi dire de lui-même. C’est une stratégie que je n’ai découverte que très récemment et qui a le mérite de faire économiser beaucoup de temps et d’énergie lors d’échanges dont on sait qu’ils ont plus de chances d’atteindre le point Godwin que de déboucher sur une entente. Mais mon mari et mes enfants ont insisté pour que je réponde, alors je me suis fait plaisir et, suivant leurs conseils également, j’ai ajouté gratuitement une correction de ce courrier si mal écrit. Je n’ai pas réécrit le courrier comme il méritait de l’être pour laisser intactes les phrases contenant des fautes grossières.

« Bonjour “Vous”,

Normalement, un courrier anonyme n’appelle pas de réponse, mais je ne peux m’empêcher de vous faire remarquer qu’en ce qui concerne l’activité que nous exerçons toutes les deux, les tarifs sont libres.

De plus, si comme vous l’affirmez vous êtes correctrice, vous devriez être plus rigoureuse dans le choix des mots que vous utilisez. Vous auriez ainsi pu constater que la concurrence déloyale est une notion juridique précise qui ne correspond en rien à ma pratique professionnelle. Cela vous aurait également poussée à vous attarder sur le véritable sens du mot “assidu” qui ne peut être employé comme vous l’avez fait.

À la lecture de votre courrier, vu le nombre de fautes et de maladresses que vous avez commises en seulement 4 phrases qui de surcroît s’adressent à une correctrice, je pense qu’au lieu d’accuser la concurrence d’être déloyale vous devriez plutôt vous interroger sur vos propres compétences et tarifs et surtout sur le rapport entre les deux. Et je vais pousser très loin la “faiblesse” de mes tarifs puisque je vais gratuitement vous proposer une correction de votre courrier.

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Cordialement,

Martine Boudreau »

Je n’ai pas eu de réponse. Je ne sais si je dois interpréter ce silence comme du mépris ou comme la victoire de mon argumentation.

 

 


Bar à gogo

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Au cours d’une balade au centre-ville de Montpellier l’autre jour, j’ai été frappée par le nombre d’établissements commerciaux qui ont le mot « bar » dans leur dénomination. Je ne parle évidemment pas des bars PMU, mais de toutes sortes d’autres bars : bar à ongles, bar à vin, bar à chats, bar à tapas, bar à yaourt glacé, bar à sourcils, bar à soupe, bar à mozzarella, bar à huîtres, bar à jus, bar à beauté, bar à oxygène, bar à sourires, bar à pâtes, bar à houmous… Pour être honnête, on ne trouve pas des spécimens de tous ces types de bars au centre-ville de Montpellier, mais j’ai élargi pour les fins de ma démonstration. Le monde des affaires, si cruel soit-il, n’est pas à l’abri des modes. Il y a quelques années, peut-être à cause de la crise économique, il n’y en avait que pour les « dépôts » les « entrepôts » et autres « magasins d’usine »  qui, en faisant fi des fioritures, semblaient se concentrer sur l’essentiel, les prix les plus bas possible. C’est du moins l’impression que leurs noms donnaient. Mais ce n’est plus la crise, non, la crise est loin derrière. Maintenant nous sommes résignés à avoir éternellement un faible pouvoir d’achat, rien à voir avec une crise. Alors, pour digérer ça, il faut bien se changer un peu les idées, se distraire, se faire plaisir… en allant au bar. Ne nous méprenons pas, pour la plupart, ces établissements ne proposent rien de nouveau, un bar à beauté, c’est un salon d’esthétique, un bar à mozzarella, c’est un restaurant italien, un bar à soupe, c’est un restaurant qui ne sert que de la soupe. Mais je suis injuste, il y a tout de même de nouveaux concepts parmi ces commerces. Le bar à chats, par exemple, est une invention récente. Il s’agit d’un endroit qui ressemble plus à un café qu’à un bar d’ailleurs, donc d’un bar-café où le client est entouré de chats qui, on l’espère, viendront ronronner à son oreille pendant qu’il boit sa verveine. Voilà, c’est tout. Mais c’est nouveau, enfin, de moins en moins. Pourquoi des chats et pas des chiens ? Je ne saurais le dire. Peut-être parce que les ronronnements sont réputés être plus agréables que les aboiements. Quoi qu’il en soit, vu le nombre de commerces qui utilisent cette formulation, je ne saurais trop mettre en garde les nouveaux commerçants qui souhaiteraient s’engager dans cette voie parce que le point de saturation n’est pas loin d’être atteint et, comme chacun le sait, en matière de mode, ce qui survient tout de suite après le point de saturation, c’est la ringardisation pure et simple. Quoi qu’on puisse penser de cette mode, il faut admettre que c’est un magnifique hommage à l’ancêtre de tous ces commerces, peut-être le plus vieux commerce du monde, l’indémodable bar à putes ! Bon, j’ai peut-être un peu fait échouer l’effet de surprise que la chute de mon billet était censée provoquer en choisissant cette photo que seuls ceux qui ont suivi la série « Les Soprano » pourront apprécier à sa juste valeur, mais je n’ai pas pu résister. Et paix à l’âme de James Gandolfini.


Vous avez aimé la résilience ? Vous adorerez le lâcher-prise

Je ne suis pas très amatrice de littérature sur le développement personnel. Pourtant, je suis certaine qu’il y a deux ou trois aspects de ma personnalité qui mériteraient d’être travaillés. J’ai bien dû lire ou commencer à lire « La puissance de votre subconscient » dans les années 80, mais je n’ai pas remarqué que des changements notables en aient découlé. Même sans s’intéresser de trop près à la psychologie populaire, on n’a pas pu passer à côté, ces dernières années, du mot résilience. Il n’y a probablement pas plus de personnes que d’habitude qui ont vécu ce processus, mais plusieurs ont appris qu’elles l’avaient vécu. Parce qu’enfin, même si le mot est récent, le phénomène n’est forcément pas nouveau puisque de tout temps, l’être humain a vécu des traumatismes et s’en est remis. La définition de ce mot est issue du phénomène physique du même nom qui consiste, pour un matériau quelconque, à reprendre sa forme initiale après avoir subi un choc. En tout cas, depuis quelques années tous les prétextes sont bons pour parler de résilience. Dès qu’une personne a vécu une épreuve et en est sortie sans trop de dommages, on parle maintenant de résilience. On se sent même un peu mal à l’aise si on n’a pas sa propre petite histoire de résilience à raconter. Les résumés de films et de livres sont d’excellents témoins de cette mode, parce que bien sûr, les histoires qui relatent des histoires de traumatismes font traditionnellement de bons sujets dramatiques. Mais, on ne m’enlèvera pas de l’idée que ce mot a été galvaudé et utilisé à toutes les sauces juste parce que ça donne l’air intelligent de le prononcer. Si bien qu’il est entré dans le langage courant. Je lisais il y a quelques semaines la chronique de Patrick Lagacé dans le quotidien montréalais La Presse dans laquelle il se payait la tête des parents qui se plaignaient de l’annulation de festivités d’Halloween dans les écoles cette année en guise de moyen de pression des enseignants contre les coupures imposées par le gouvernement dans l’éducation. Il a donné comme titre à cette partie de la chronique « restez résilients, les enfants ». Certes, c’était ironique, mais peu importe, je suis certaine qu’il y a 5 ans il aurait choisi un autre mot.

Lâcher prise psycho

Lâcher prise mandala

Lâcher prise 2

 

Lâcher prise alimentaire Elle

Lâcher prise sel de bains

Le domaine de la psychologie est également à l’origine de la popularisation, plus récente, d’un autre mot ou plutôt expression et un concept, soit le « lâcher-prise ». Selon le dictionnaire de français Larousse en ligne, le lâcher-prise est un « moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maîtrise. » On voit tout de suite l’idée et on comprend aussi pourquoi ce mot est si populaire en cette époque où tout repose sur des valeurs de réussite sociale et matérielle, où le bonheur consiste à atteindre un équilibre harmonieux entre la vie professionnelle et la vie privée, mais où rien n’est laissé au hasard. En effet, le temps consacré à la vie privée étant limité, sa réduction quantitative doit être compensée par une augmentation qualitative. En d’autres termes, ce n’est pas grave si on ne voit ses enfants et son conjoint que 75 minutes par jour, à condition que ces quelques minutes soient faites de temps dit « de qualité », c’est-à-dire de véritable présence, d’activités communes, d’échanges et en dehors de la présence de tout écran maléfique, bien sûr, sauf si tous se retrouvent ensemble devant le même écran et qu’il y a un « débriefing » collectif après. Et c’est l’exact contraire pour le temps passé au travail qui n’a pas besoin d’être du temps de qualité, là, la quantité demeure le seul étalon. De plus, les écrans ne sont pas proscrits, de sorte qu’on peut sans honte faire de petites digressions pour aller se balader sur Facebook, téléphoner à sa mère, faire sa liste de courses pour le super-drive, préparer les soldes sur le site de Zalando et regarder des vidéos de chats mignons, tant qu’on passe au moins 12 heures au bureau, personne ne trouvera rien à redire. Mais dans les deux cas, tout est très encadré et sous contrôle, les règles doivent être respectées. C’est pourquoi le concept de lâcher-prise peut être séduisant. On peut avoir envie de laisser ses enfants regarder « Les anges de la téléréalité » pendant qu’on se prend un mojito en préparant tranquillement le repas du soir bien isolé dans la cuisine… Il n’y a pas si longtemps, on aurait culpabilisé d’avoir une pareille attitude. Aujourd’hui, c’est parfaitement accepté parce que ça signifie qu’on a enfin réussi à lâcher prise ! Le lâcher-prise pourrait bien être tout simplement le droit de faire ce qu’on a envie de faire même si ce n’est pas moralement irréprochable, comme ne rester au bureau que 5 heures mais ne faire que travailler pendant tout ce temps. S’il faut avoir recours à un terme à la mode pour pouvoir enfin profiter de la vie sans culpabilité, eh bien ma foi, allons-y, lâchons prise !


Un ami qui vous veut du bien, vraiment ?

Je reçois un message d’une femme qui souhaite obtenir un devis pour la correction d’un dossier de validation des acquis de l’expérience. Elle précise que le document fait environ 140 pages, mais que les 40 premières pages ont déjà été corrigées par un ami qui est directeur d’école primaire, mais qu’il n’a pas le temps de terminer. Elle m’envoie son document et bien entendu je me précipite sur les 40 premières pages pour constater le travail fait par le fameux maître d’école. C’est plein de fautes ! Et du lourd, quand même, du genre qui concerne des règles qu’on apprend en CE2, sans compter l’ignorance totale des règles de typographie. Je réponds à la cliente potentielle que même les 40 premières pages ont besoin de correction et je lui propose un tarif. Je joins un extrait de son texte, un petit paragraphe de 3 lignes comportant pas moins de 3 fautes, sans compter la typographie, avec, en rouge, les fautes corrigées, essentiellement des lettres manquantes :

 

«Peu après, durant trois ans (1993/1996) j’ai été employée à l’EHPAD **** à **** où l’on accueille principalement des personnes âgées atteintes pour la plupart de la maladie d’ALZHEIMER. J’intervenais aussi bien au niveau des services généraux qu’auprès des personnes et ce, en tant qu’animatrice. Mais je fus licenciée économique.»

 

Très fière de moi et certaine d’avoir fait mouche, je me retiens à deux mains pour ne pas ajouter une petite phrase du genre « Eh oui, on ne s’improvise pas correcteur », en pensant que les fautes que j’ai trouvées parlent d’elles-mêmes. Je reçois rapidement sa réponse :

Correction ami réponse

Bon, j’abandonne…


De la confraternité

Il y a quelques semaines, j’ai transformé mon site internet pour le moderniser un peu et surtout le rendre « responsive », c’est-à-dire adaptable à tous les appareils depuis lesquels on le consulte. Ça signifie que si on va sur mon site depuis un téléphone, on n’aura pas besoin de zoomer pour lire le contenu. Il paraît que mon site sera aussi mieux référencé et si je me fie à l’augmentation du nombre de visites depuis le changement, j’ai tendance à croire que c’est vrai. Mais je me méfie des chiffres parce qu’il paraît qu’il y a des robots qui font artificiellement grimper ces chiffres, pour je ne sais quelle raison. Avec ce changement, d’autres nouveautés sont apparues, notamment une page « contact » qui permet au lecteur de m’envoyer des messages en remplissant un formulaire au lieu de passer par mon adresse mail. Je ne dirais pas que ça se bouscule au portillon, mais j’ai tout de même reçu 2 messages. Malheureusement, un seul des deux provenait d’un client potentiel, l’autre était une critique concernant mon blog, puisque mon site renvoie à mon blog. Le message était le suivant :

« Bonjour, je ne comprends pas très bien pourquoi vous vous moquez des correcteurs qui s’annoncent en soulignant leurs fautes d’orthographe. D’abord, cela ne démontre pas votre talent, ensuite vous avez vous-même fait l’une ou l’autre faute d’orthographe sur votre site internet. Ceci ne serait pas grave si vous ne preniez un tel plaisir à dénigrer vos confrères. C’est dommage. »

Cette personne faisait référence aux captures d’écran, publiées sur mon blog, d’annonces parues sur Le bon coin provenant de personnes qui proposent leurs services de correcteur, mais qui font des fautes dans leurs annonces. J’ai envie de publier ici ce que je lui ai répondu parce qu’elle ne doit certainement pas être la seule à avoir eu ce sentiment :

« Je ne dénigre pas des confrères. Je ne considère pas que des personnes qui prétendent corriger les autres alors qu’ils ne maîtrisent pas eux-mêmes le français soient des confrères. De plus, je respecte leur anonymat, alors l’offense est tout de même légère.

Je défends ce métier et ceux qui le font avec sérieux et j’ai d’excellentes relations avec certains véritables confrères. Mon but est de mettre en garde contre ces charlatans qui attirent les clients naïfs avec des tarifs extrêmement bas, mais qui fournissent un travail à la hauteur du tarif demandé, voire inférieur. J’ai remarqué que les gens ont tendance à ne s’intéresser qu’au tarif sans penser qu’il y a peut-être des raisons qui justifient les écarts. Oui, j’éprouve une petite frustration parce que je pratique mon métier avec passion et je trouve désolant que beaucoup le prennent à la légère et estiment que faire relire leur mémoire gratuitement par leur copine qui ne fait pas beaucoup de fautes ou faire “corriger” leur rapport de stage par le premier venu qui met une annonce bourrée de fautes sur Le bon coin revient au même qu’avoir recours à un correcteur digne de ce nom. Que des personnes incompétentes se prétendent correcteurs ne peut que ternir l’image de ce métier qui mérite mieux que ça.

S’il y a des fautes sur mon site, c’est tout aussi grave pour moi que pour les autres. Pour ma part, je l’ai revu ce matin et je n’ai pas repéré de faute. J’ai vu une phrase qui ne devait pas y apparaître et que j’avais oublié d’enlever lorsque, pour des raisons administratives, j’ai dû refaire mon site en vitesse il y a quelques semaines. Mais je vais le lire et le relire encore parce que je ne veux pas y laisser de faute. »

Alors que ce genre d’échange peut rapidement atteindre le point Godwin, j’ai eu l’agréable surprise de recevoir de la part de cette personne une gentille réponse :

« Je vous remercie pour votre réponse. Je vous comprends très bien. Ce n’est pas tant l’offense qui m’a déçue. On ressent très bien votre professionnalisme, votre rigueur et votre passion sur votre site internet. Je suis moi-même juriste et la langue française est un trésor, je suis tellement d’accord avec vous. J’ai apprécié votre écriture, votre engagement. Et j’ai ensuite été triste de lire votre frustration.

Dans l’onglet “Qui suis-je”, troisième phrase : “Outre des connaissanceS (…)”.

Je vous souhaite bonne continuation ! »

Ainsi, « les fautes » qu’elle avait repérées sur mon site consistaient en l’oubli d’un « s » au pluriel. Mon soulagement a été grand et il n’est pas dit que cette histoire me serve de leçon. Même si ça peut être mal interprété, j’ai bien peur d’avoir du mal à ne pas continuer à dénoncer les personnes qui prétendent vouloir corriger les autres en faisant eux-mêmes des fautes dans leurs annonces.


Quand les correcteurs s’annoncent 4

Ici, on voit à peu près pourquoi elle a mis « permis » au féminin, c’est une erreur fréquemment commise, mais c’est une erreur, le « m’ » n’est pas un complément d’objet direct ! On se demande en revanche pourquoi ce même mot est au pluriel. On soupçonne que c’est à cause de « qualités », mais je serais bien curieuse de connaître l’explication de cette passionnée de grammaire. Peut-être que sa passion la pousse à inventer des règles. On va passer sous silence le fait que le première phrase est complètement bancale et on fermera les yeux sur l’expression « je vous contacte selon vos dispositions ». On va quand même souligner une petite erreur d’homonymie, ou alors une petite fantaisie qui pousse cette demoiselle à vouloir corriger les comtes…m'ont permises