Auteurs autoédités, réveillez-vous !

Vector illustration of clock with lettering.L’autre jour, j’ai lu un livre. Bon, en réalité j’ai toujours un livre en cours de lecture, mais là n’est pas le propos. Depuis que j’ai découvert le monde de l’autoédition, je ne lis pratiquement plus que des auteurs autoédités. Un peu par curiosité et un peu par radinerie. En effet, les auteurs autoédités font souvent des promos à 99 centimes sur leurs versions numériques, à ce prix-là, on ne réfléchit pas trop, on remplit la liseuse et on a l’embarras du choix quand il s’agit de commencer un nouveau livre. J’ai souvent envie de découvrir des livres d’autoédités parce que je côtoie les auteurs sur les réseaux sociaux où ils font la promotion de leurs œuvres. Lorsqu’il s’agit de personnes qui tiennent des propos sensés et intéressants, j’ai souvent envie de lire leurs œuvres. Récemment, je me suis laissé tenter par le livre d’une auteure que je connais parce qu’on est dans les mêmes groupes d’auteurs sur Facebook et que c’est quelqu’un qui semble attacher de l’importance à la qualité de ce qu’elle produit. J’ai donc acheté son ebook lorsque je l’ai vu passer à 99 centimes même s’il est dans un genre que je n’ai pas l’habitude de lire. Toujours grâce à ces fameux réseaux sociaux, je savais que cette auteure avait fait appel à une correctrice pour son roman. Je commence donc à lire ce livre avec une grande curiosité et je remarque rapidement des fautes. Bon, sincèrement, rares sont les livres autoédités dans lesquels je ne remarque pas de fautes. Le travail de correction est bien souvent imparfait, quand il existe. Dans celui-ci, il y avait des fautes qui semblaient indiquer que le livre avait été relu trop vite, mais aussi des fautes qui révélaient que la correctrice avait de réels problèmes avec la conjugaison : confusion entre le passé simple et l’imparfait et même entre le passé simple et le présent. J’ai été surprise, mais je me suis dit que cette auteure avait commis une erreur dans le choix de sa correctrice malgré sa volonté de vouloir bien faire les choses. Après tout, les clients sont bien mal placés pour juger des qualités professionnelles des correcteurs. Pour ma part, en tant que lectrice, je me garde bien de laisser des commentaires en soulignant l’existence de fautes parce que je sais que je suis plus exigeante que la moyenne des lecteurs. Mais lorsque je note des fautes en quantité importante, je vais toujours, par curiosité, vérifier les commentaires sur Amazon pour voir si certains lecteurs les ont remarquées. Bien souvent, personne n’en parle, alors je finis par me dire que ce n’est pas bien grave, que si personne ne remarque, c’est donc que le niveau est quand même acceptable, ce qui ne manque pas de me faire me demander pourquoi je me donne autant de mal dans mon travail, mais ceci est une autre histoire… Dans le cas qui nous intéresse ici, des lecteurs ont remarqué les fautes et l’ont précisé dans leurs commentaires. Je me suis dit bon, là, c’est sûr, l’auteure va s’apercevoir de son erreur et rectifier le tir pour le prochain roman. Quelle ne fut pas ma surprise, au détour d’une publication sur un de ces sempiternels réseaux sociaux, de voir que l’auteure en question renouvelle sa confiance à sa correctrice et même la recommande ! Là, j’avoue que je ne comprends plus rien. Si un roman que j’ai corrigé faisait l’objet de commentaires de lecteurs soulignant la présence de fautes, je commencerais par m’assurer qu’il n’y a pas eu un problème de fichier (histoire vécue, un client a envoyé à l’impression un fichier non corrigé) et si ce n’était pas le cas, je pense que je prendrais la décision d’arrêter la correction, et chose certaine, je ne m’attendrais pas à ce que le client ainsi lésé réitère son expérience avec moi ni qu’il me recommande à quiconque ! Je n’arrive pas à comprendre le raisonnement de l’auteure. Recommander une correctrice qui fait mal son travail a pour effet de dévaluer le travail des correcteurs en général, cela envoie le message selon lequel malgré les défauts, cela correspond tout de même au résultat qu’on peut raisonnablement attendre du travail d’un correcteur en matière d’autoédition. C’est un peu comme si on affirmait être satisfait des services d’une entreprise de déménagement même si les déménageurs ont oublié quelques cartons sur le trottoir. Or, ce n’est pas le cas, même en autoédition, il existe des correcteurs qui font bien leur travail. Bien sûr, personne n’est infaillible et il reste toujours quelques coquilles, mais quand il reste des fautes qui vont bien au-delà de quelques coquilles, qui révèlent un manque de connaissances et qui sont remarquées par les lecteurs, là on passe à un autre niveau. Par ricochet, cela contribue à dévaluer encore plus l’autoédition qui franchement n’a pas besoin de ça. Et au bout du compte, cela dessert l’auteur lui-même.

 


Une créature de l’imaginaire : le bêta-correcteur

PrintUn correcteur est un professionnel qui corrige les écrits d’autrui. Il a en principe les compétences pour le faire et il se fait payer pour son travail. C’est un métier, qu’il soit exercé à titre principal ou complémentaire. Un bêta-lecteur est une personne qui lit bénévolement un livre en cours de rédaction ou déjà rédigé, mais non encore publié, et qui donne son avis de lecteur sur le livre. C’est en quelque sorte le premier lecteur (il peut y en avoir plusieurs). Il ne se fait pas payer pour lire et donner son avis. Pourquoi n’est-il pas payé alors qu’il passe du temps à lire le livre ? Parce qu’il donne son avis sans offrir une quelconque expertise ou compétence précise et aussi parce que s’il se faisait payer il n’oserait peut-être pas être honnête lorsqu’il a des critiques à formuler, un peu comme un bêta-lecteur qui aurait des liens affectifs avec l’auteur. Suivant le même principe, un correcteur ne doit pas donner son avis personnel sur l’œuvre qu’il corrige. Pour ma part, je refuse de le faire, comme je ne propose pas de mettre un commentaire sur Amazon ou sur une quelconque plate-forme de vente. Ça ne fait tout simplement pas partie des services que je propose. Il n’est pas nécessaire que j’apprécie l’œuvre pour la corriger. Quel que soit le niveau de qualité que j’estime que l’œuvre atteint, je mets mes compétences à son service pour l’améliorer. S’il arrive que j’apprécie certains romans que je corrige, il ne me paraît pas judicieux de le dévoiler publiquement.
Le terme bêta vient de l’informatique. On voit parfois des sites ou des applications en version bêta, ça signifie qu’ils sont en période de test pour voir ce qui ne va pas et pour cela, ils ont recours des bêta-testeurs, c’est-à-dire des gens qui sont intéressés par le site ou l’application et qui en l’utilisant vont faire ressortir les éventuels bugs ou défauts. C’est un peu le même principe pour les bêta-lecteurs, ils sont intéressés par un livre, on leur permet de le lire gratuitement en échange de leur avis sur les éventuels défauts qu’ils y auront repérés. Certains bêta-lecteurs ont une bonne connaissance de la langue française et poussent le zèle jusqu’à corriger des fautes dans les manuscrits qu’ils lisent. Je suppose que c’est comme si des bêta-testeurs avaient des connaissances en matière de codage et faisaient des suggestions pour réparer les bugs. Ça ne ferait pas pour autant d’eux des développeurs, tout comme le fait de corriger quelques fautes ne fait pas d’un bêta-lecteur un correcteur. Alors que rares sont les personnes qui affirment bien se débrouiller en codage, très nombreuses sont celles qui s’estiment compétentes en matière d’expression écrite.

Nous vivons à une époque où règne l’idée selon laquelle si quelqu’un aime ce qu’il fait, il n’a pas besoin d’être payé pour le faire, on peut très bien le « rémunérer » autrement, en lui faisant de la publicité (grand classique), en lui rendant service en retour, en le remerciant, en lui donnant un porte-clés (ou un marque-page), en lui faisant un gros bisou… Il n’en fallait pas plus pour que germe l’idée de fusionner le bêta-lecteur et le correcteur. Et c’est ce que font allègrement certains auteurs qui ressentant le besoin de faire corriger leur œuvre sans avoir la moindre intention de payer la juste rémunération pour ce travail. Cette créature fantasmagorique est appelée « bêta-correcteur », ce qu’on pourrait traduire par correcteur bénévole.

Bêta-correcteur

On a retenu le meilleur des deux : la gratuité du bêta-lecteur, la compétence du correcteur. Peut-on se permettre d’objecter qu’aussi amoureuse des mots et de la langue française qu’elle soit, une personne ne s’investira que modérément dans un travail qui ne lui apporte que du plaisir ? Et je ne parle même pas du délai à respecter, parce que bien souvent, il ne suffit pas que ce soit non rémunéré, c’est également urgent ! Ah, mais je suis mauvaise langue, l’auteur ne paye peut-être pas le travail, mais il proposera parfois généreusement un exemplaire du livre une fois imprimé, et attention, peut-être même dédicacé, le livre, excusez du peu !

Bêta correcteur contre livre papierEt c’est vraiment très pratique comme concept. Moi j’aimerais bien trouver un bêta-webdesigner pour me faire un joli site internet gratuitement, des bêta-professeurs pour donner gratuitement des cours particuliers à mon fils et surtout, j’aimerais bien pouvoir faire des bêta-courses.


Et bonne journée, connard !

Je suis assez adepte des réseaux sociaux. Pour être honnête, le plus ringard d’entre eux a ma préférence, et il y en a certains que je ne maîtrise absolument pas. Ce réseau social, Facebook, pour le nommer, est, je crois, celui qui est le plus prisé des gens de ma génération, du moins de ceux qui ne lèvent pas le nez sur les réseaux sociaux. Pour ma part, il m’a sortie d’un isolement certain à une époque, et il a fait naître en moi de grandes espérances. Au début des années 2010, je croyais que c’était un merveilleux outil pour rapprocher des gens qui étaient physiquement éloignés et leur permettre de rester en contact. En tant qu’expatriée, je trouvais ça merveilleux. Et il est vrai que cet effet s’est un peu fait sentir, mais malheureusement, je dirais que le réseau a été mal utilisé. Entre ceux qui ne partageaient rien de vraiment personnel au nom du respect de leur vie privée et ceux qui à l’autre extrême, nous tenaient au courant du moindre de leurs faits et gestes, de la plus fugace de leurs pensées, il y a eu un dérapage général qui selon moi n’est pas étranger à la course aux « amis ». Pour ne pas paraître ridicule, il fallait avoir le plus d’« amis » possible, ce qui obligeait à être moins sélectif et à donc se retrouver avec des gens avec qui le seul point commun qu’on avait était de s’être retrouvé au même endroit au même moment une ou plusieurs fois, voire qu’on avait une connaissance en commun. Forcément, on ne peut pas avoir d’affinités avec un trop grand nombre de personnes de sorte qu’on se retrouve à voir des publications qui ne nous intéressent absolument pas et, voyant cela, on se demande bien ce que soi-même on pourrait mettre qui serait susceptible d’intéresser ces gens qui ont des centres d’intérêt si éloignés des nôtres. Donc, mon enthousiasme est rapidement retombé à l’égard de ce réseau social. Mais entretemps, j’ai commencé à voir un autre intérêt qu’il pouvait avoir grâce aux diverses communautés, en d’autres termes les groupes, qui réunissent des gens qui ne se connaissent a priori pas, mais qui partagent un intérêt commun. C’est exactement le contraire de ce qui m’avait d’abord attirée. Mes intérêts portant principalement sur la cuisine, la langue française, l’autoédition, les Québécois expatriés, le bullet journal et les arnaques en tout genre, j’ai donc adhéré à de nombreux groupes portant sur ces thèmes. Comme les membres de ces groupes ne se connaissent pas entre eux, les créateurs de groupes rédigent une charte qui vise à assurer que les buts du groupe soient respectés et que ça ne dérape pas à la moindre occasion. Ces règles varient en fonction de la sensibilité des administrateurs. Dans un des groupes dont je suis membre, par exemple, on refuse toute publication qui n’est pas accompagnée d’un petit mot de politesse genre, « bonjour ». Il est vrai qu’on voit régulièrement des publications que je qualifierais de minimalistes : du style « je peux avoir la recette du bourguignon » et c’est tout ! Pas même un point d’interrogation, alors on a envie de dire à cette personne : « Bravo, tu peux avoir la recette de bourguignon, tout le monde ne peut pas en dire autant, vraiment, bravo ! À l’occasion, donne-nous quelques tuyaux. » Autre type de règles possibles, le bannissement immédiat et sans autre forme de procès de quiconque se permet de faire des remarques sur les fautes d’orthographe que commettent d’autres membres du groupe. J’en ai fait les frais, j’ai été bannie d’un groupe non pas parce que je relevais les fautes de quelqu’un, mais parce que je faisais remarquer à un autre membre, de façon certes un peu ironique, qu’il allait se faire taper sur les doigts parce qu’il avait fait une remarque sur les fautes. Je vous rassure, j’ai fait amende honorable et été réhabilitée depuis. Il est vrai que quand on commence à reprocher aux autres de faire des fautes, ça dérape rapidement sur le mode « mais toi aussi tu en fais, quand on reproche aux autres de faire des fautes, la moindre des choses c’est de ne pas en faire soi-même… » Bref, ça peut partir en vrille très très vite. Malgré toutes les précautions prises, des dérapages surviennent parfois quand même. Sur un groupe de cuisine, une maman met une photo du petit déjeuner de son enfant sur laquelle apparaît, au milieu de bien d’autres choses, un Carambar, et là c’est toute la brigade des « 5 fruits et légumes par jour et bio si possible » qui se mobilise pour bien lui faire comprendre qu’elle est en train de tuer son enfant à petit feu. Dans un groupe d’amateurs de lecture, un membre bien naïf et certainement peu expérimenté parle du plaisir qu’il a eu à lire le dernier Marc Lévy. Il est certain que dans les minutes qui suivent, quelqu’un va lui dire que lire du Marc Lévy est une aberration et que la lecture de dos de boîtes de céréales lui serait plus profitable. Deux clans vont alors inévitablement se former, les pro et les anti Marc Lévy (ça marche aussi avec Guillaume Musso et plusieurs autres auteurs dont les livres se retrouvent fréquemment en haut de la listes des livres les plus vendus).
Mais dans ce brouhaha de phrases assassines et de commentaires désobligeants, certains, est-ce à cause des règles imposées par les administrateurs du groupe ou à cause d’une bonne éducation bien ancrée, sont incapables de tout simplement quitter le débat en se faisant oublier et en silence. Ils se sentent obligés de terminer avec une formule de politesse, mais qui, compte tenu des circonstances dans lesquelles elle est prononcée, fait l’effet d’une gifle à celui qui la reçoit. Un peu comme quand dans la rue quelqu’un vous laisse le passage sur un trottoir étroit et, si vous avez le malheur de ne pas le remercier, peut-être parce que vous avez la tête ailleurs, vous assène un agressif « MERCI ! » pour vous rappeler qu’il a tout de même fait l’effort de vous céder le passage et que vous semblez n’en avoir aucune reconnaissance. Pour ma part, je préfère qu’on ne me laisse pas passer plutôt que de devoir une reconnaissance éternelle à une personne qui s’est tout simplement déportée sur le côté pour libérer le passage, mais ceci est un autre débat. Sur les réseaux sociaux, ça se traduit très souvent par « Bonne journée ! ». Et on a l’impression que ce « bonne journée » est en soi un reproche, comme si la personne qui l’écrit disait en fait : « Malgré tout ce que tu peux me reprocher, je reste quelqu’un de poli, je prends la peine de te souhaiter une bonne journée, mais je n’en pense pas moins, tu es un connard, alors : Bonne journée [connard] ! »


De la confraternité (3)

On m’avait dit que ça existait, mais je ne l’avais encore jamais constaté de mes propres yeux et j’avais du mal à y croire, mais c’est maintenant chose faite. J’ai vu et j’ai cru. Il existe des personnes qui proposent de corriger des romans sans avoir la moindre compétence pour le faire, mais en croyant pouvoir passer outre ce léger détail en utilisant un logiciel de correction ! Tout a commencé au détour d’une publication, sur un groupe d’aide entre auteurs autoédités sur Facebook, qui proposait des services de correction en 3 étapes, soit « l’orthographe, le style (les répétitions) et les adverbes ». Étonnée par cette approche originale, je clique pour accéder au site et en savoir plus.

Mouzelard annonce paint

Bon, devant vous, je joue les innocentes, mais en réalité, dès cet instant j’étais méfiante. D’une part parce qu’il y avait déjà une faute dans la publication sur Facebook (il fallait écrire « chers ») , mais aussi parce que j’avais depuis un moment remarqué cette personne se présentant comme conseillère littéraire et auteur. Il était d’ailleurs difficile de ne pas la remarquer puisqu’elle était omniprésente dans les nombreux groupes fréquentés par des auteurs en mal de notoriété comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais sceptique. J’avais regardé une vidéo dans laquelle elle était censée expliquer comment choisir ses bêta-lecteurs, mais où en fait elle disait seulement qu’il ne fallait pas demander à ses amis de remplir ce rôle et qu’on pouvait la consulter pour avoir d’autres conseils. J’avais la vague impression que cette jeune femme vendait du vent, ou plus exactement essayait de vendre du vent, parce qu’elle avait vraiment l’air d’être à l’affût du client. Toujours est-il que je me rends sur le site et je suis tout de suite choquée de voir deux fautes dans la première phrase ! Je cite : « Nous savons que le coût d’une correction peut s’avérer extrêmement couteuse pour l’auteur. » Explications : le mot couteux s’écrit avec un accent sur le « û », tout comme le mot coût d’ailleurs, et cet adjectif se rapporte au mot coût (nous remarquerons la richesse du vocabulaire, un « coût coûteux ») qui est masculin, il aurait donc fallu écrire « coûteux ». De plus, était-il nécessaire de préciser « pour l’auteur » ? Qui d’autre peut être concerné par le tarif d’une correction ? Le reste du texte, bien que très court, est lourd et pas très bien rédigé (« cela permet aux auteurs de bénéficier de ce qu’ils ont besoin et de payer moins cher pour un service professionnel »), et les explications sur les corrections sont succinctes et plutôt confuses (« la correction de l’orthographe [linguistique : erreur, etc.] et de la typographie »).

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Voyant cela, j’ai réfléchi deux minutes, mais n’ai pas réussi à résister à la tentation d’aller commenter la publication Facebook en disant ce que je pensais. Je me fais répondre que je suis jalouse et « qu’ils travaillent avec des logiciels » ! Et là, bien sûr, devant une répartie digne d’un enfant de CE1, l’envie est grande, très grande, de me lancer dans un échange que je sais à l’avance stérile, mais qui touche un sujet qui me tient vraiment à cœur, c’est-à-dire les « correcteurs » incompétents qui portent préjudice à l’image du métier que je pratique avec passion et honnêteté. Mais je vieillis, je m’assagis, et je n’ai pas tant de temps que ça à perdre, alors je décide de me taire, même si cela me coûte (ou coute ?). À ce moment-là, je ne suis pas encore certaine de bien comprendre cette histoire de logiciel. Mais le destin n’en fait qu’à sa tête et quelques minutes plus tard, une autre personne commente la publication. Il s’agit d’un de mes clients, je le précise par souci de transparence, mais je pense que ça n’a pas d’importance. Il dit en substance qu’il est d’accord avec moi et que le fait d’écrire sur Facebook ne dispense pas de faire preuve de sérieux. Je déduis de ses propos qu’il n’est pas allé sur le site, mais qu’il parle de la faute qu’on trouve dans la publication Facebook. Là, je suis bien obligée de répondre, parce qu’en effet, si le seul péché avait été la faute dans la publication, je n’aurais jamais rien dit, même si je n’en aurais pas moins pensé. Mais je suis indulgente pour les fautes sur Facebook parce que parfois on est sur son téléphone et c’est écrit tout petit, parfois le correcteur automatique intervient, parfois on n’a pas le temps de se relire, parfois on est dans le tram (histoire vécue)… Ce que je trouve grave, c’est qu’il y ait sur le site des fautes dans une page qui décrit des services de correction. C’est pour moi un non-sens absolu. Alors, je le précise en commentaire. Madame la conseillère littéraire intervient aussitôt en se posant une nouvelle fois en victime de ma jalousie et en répétant « nous utilisons des logiciels pour la correction » et en précisant que le site est en construction. Je suis intriguée par ce « nous ». Est-ce un nous de modestie, un nous de majesté ou un nous d’entourloupe qui vise à faire croire qu’il s’agit d’une entreprise composée de plusieurs personnes alors qu’en fait cette pauvre fille tente tant bien que mal, et plutôt mal que bien, d’ailleurs, de gagner sa vie en proposant ses services aux auteurs débutants, du moins j’ose espérer que seuls des auteurs débutants sont susceptibles de tomber dans le panneau ? Je suis surprise aussi par l’expression « aussi non » qu’elle utilise, et que pour ma part je n’ai jamais entendue ni lue. Mais j’ai à peine le temps de voir sa réponse que la publication disparaît et je me retrouve bloquée par la personne que je « jalouse ». J’ignore si la publication existe toujours, mais grâce à ma manie de ne jamais fermer mes onglets, qui exaspère beaucoup mon entourage, mais qui peut se montrer bien utile, nous en avons la preuve aujourd’hui, j’ai pu faire une capture d’écran de l’échange et également de la page du site qui comportait les fautes, fautes qui ont d’ailleurs immédiatement été corrigées, sauf une, qui subsiste encore au moment où j’écris ces lignes.

L’échange :
Capture Marine Mouzelard commentaires modif paint

Les fautes corrigées (si on fait abstraction de « ce qu’ils ont besoin ») :

Capture Mouzelard fautes corrigées

La faute oubliée :
Capture Mouzelard faute oubliée

Il faut se rendre à l’évidence, ce que cette personne affirme, c’est que le fait qu’elle ne maîtrise pas l’expression écrite n’a pas d’importance puisque ce n’est pas elle qui fait le travail de correction, mais bien un logiciel ! Voilà comment j’ai eu la confirmation que des gens prétendent offrir un service de correction « professionnel » en consacrant deux heures à passer le texte au correcteur d’orthographe pour un tarif de 196 € ! Sans oublier qu’il y a encore deux autres étapes pour avoir une correction complète, ce qui fait monter la note à 588 €, sans que jamais une personne compétente n’ait jeté le moindre coup d’œil sur le texte. Pour information, le logiciel Antidote, qui n’est pas parfait, mais qui est l’un des meilleurs logiciels de correction sur le marché et qui, de l’avis de la majorité de ses utilisateurs, ne dispense pas d’avoir un cerveau et de s’en servir, coûte environ 120 €. Alors, oui, si par professionnel on entend qui permet de gagner sa vie, ce service de correction est professionnel, mais il ne faut certainement pas en déduire que c’est le gage d’une quelconque qualité. Je me sens donc très à l’aise de tenir les propos que je tiens ici, parce que pour moi cette personne n’est pas une correctrice, et par conséquent elle n’est pas une de mes consœurs.


De la confraternité (2)

 

 

J’ai déjà abordé ici la notion de confraternité après avoir reçu un courrier de la part de quelqu’un qui me reprochait de me moquer des fautes que les pseudo-correcteurs commettent dans leurs annonces sur Le bon coin. Un autre message reçu récemment par le biais du formulaire de contact de mon site internet m’amène à aborder encore une fois cette question. Cette fois, il s’agissait d’une personne se qualifiant de correctrice qui me reprochait mes tarifs trop bas. Voici le courrier en question :

« Bonjour

Nous sommes surprise des tarifs que vous pratiquez.

Nous sommes correctrice depuis des années et les tarifs que vous proposez sont extrêmement faible.

C’est de la concurrence déloyale. Le temps passé pour une correction ou relecture d’un document est très longue si on souhaite une travail assidu.

Cordialement »

D’abord, de toute ma vie, qui commence mine de rien à accumuler un nombre d’années plutôt respectable, jamais encore je n’avais été témoin de l’utilisation de « nous » pour parler de soi-même dans un simple courrier, fut-il anonyme. Même Alain Delon se contente d’utiliser « il ». De deux choses l’une, soit c’est un nous de modestie, mais qui ne se justifie que dans les travaux scientifiques, soit c’est un nous de majesté, utilisé selon notre bon ami Wikipédia par les rois, les personnes revêtues d’une autorité officielle ou encore les évêques. Rien dans le message ne laissant supposer que son auteur est dans un de ces cas de figure, j’en conclus que cette personne ne connaît pas les règles d’usage du nous de modestie et du nous de majesté, ce qui est déjà un petit peu embêtant pour une correctrice.

Être correcteur, c’est un peu comme être décorateur pour des clients aveugles. Il faut se méfier de la satisfaction d’un client qui, faisant appel à un correcteur précisément parce qu’il éprouve des difficultés à écrire sans faire de fautes, est de ce fait peu apte à juger de la qualité du travail de correction. C’est ainsi qu’on peut se déclarer correcteur et se retrouver à envoyer un courrier à une consœur dans lequel en l’espace de seulement quelques lignes, on ne trouve pas moins de 3 fautes pures et dures, deux phrases mal construites et deux mots ou expressions mal utilisés. Mon premier réflexe a été de ne pas répondre à ce courrier, m’imaginant que ce silence serait perçu comme du mépris et parlerait pour ainsi dire de lui-même. C’est une stratégie que je n’ai découverte que très récemment et qui a le mérite de faire économiser beaucoup de temps et d’énergie lors d’échanges dont on sait qu’ils ont plus de chances d’atteindre le point Godwin que de déboucher sur une entente. Mais mon mari et mes enfants ont insisté pour que je réponde, alors je me suis fait plaisir et, suivant leurs conseils également, j’ai ajouté gratuitement une correction de ce courrier si mal écrit. Je n’ai pas réécrit le courrier comme il méritait de l’être pour laisser intactes les phrases contenant des fautes grossières.

« Bonjour “Vous”,

Normalement, un courrier anonyme n’appelle pas de réponse, mais je ne peux m’empêcher de vous faire remarquer qu’en ce qui concerne l’activité que nous exerçons toutes les deux, les tarifs sont libres.

De plus, si comme vous l’affirmez vous êtes correctrice, vous devriez être plus rigoureuse dans le choix des mots que vous utilisez. Vous auriez ainsi pu constater que la concurrence déloyale est une notion juridique précise qui ne correspond en rien à ma pratique professionnelle. Cela vous aurait également poussée à vous attarder sur le véritable sens du mot “assidu” qui ne peut être employé comme vous l’avez fait.

À la lecture de votre courrier, vu le nombre de fautes et de maladresses que vous avez commises en seulement 4 phrases qui de surcroît s’adressent à une correctrice, je pense qu’au lieu d’accuser la concurrence d’être déloyale vous devriez plutôt vous interroger sur vos propres compétences et tarifs et surtout sur le rapport entre les deux. Et je vais pousser très loin la “faiblesse” de mes tarifs puisque je vais gratuitement vous proposer une correction de votre courrier.

correction-courrier-correctrice

Cordialement,

Martine Boudreau »

Je n’ai pas eu de réponse. Je ne sais si je dois interpréter ce silence comme du mépris ou comme la victoire de mon argumentation.

 

 


Bar à gogo

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Au cours d’une balade au centre-ville de Montpellier l’autre jour, j’ai été frappée par le nombre d’établissements commerciaux qui ont le mot « bar » dans leur dénomination. Je ne parle évidemment pas des bars PMU, mais de toutes sortes d’autres bars : bar à ongles, bar à vin, bar à chats, bar à tapas, bar à yaourt glacé, bar à sourcils, bar à soupe, bar à mozzarella, bar à huîtres, bar à jus, bar à beauté, bar à oxygène, bar à sourires, bar à pâtes, bar à houmous… Pour être honnête, on ne trouve pas des spécimens de tous ces types de bars au centre-ville de Montpellier, mais j’ai élargi pour les fins de ma démonstration. Le monde des affaires, si cruel soit-il, n’est pas à l’abri des modes. Il y a quelques années, peut-être à cause de la crise économique, il n’y en avait que pour les « dépôts » les « entrepôts » et autres « magasins d’usine »  qui, en faisant fi des fioritures, semblaient se concentrer sur l’essentiel, les prix les plus bas possible. C’est du moins l’impression que leurs noms donnaient. Mais ce n’est plus la crise, non, la crise est loin derrière. Maintenant nous sommes résignés à avoir éternellement un faible pouvoir d’achat, rien à voir avec une crise. Alors, pour digérer ça, il faut bien se changer un peu les idées, se distraire, se faire plaisir… en allant au bar. Ne nous méprenons pas, pour la plupart, ces établissements ne proposent rien de nouveau, un bar à beauté, c’est un salon d’esthétique, un bar à mozzarella, c’est un restaurant italien, un bar à soupe, c’est un restaurant qui ne sert que de la soupe. Mais je suis injuste, il y a tout de même de nouveaux concepts parmi ces commerces. Le bar à chats, par exemple, est une invention récente. Il s’agit d’un endroit qui ressemble plus à un café qu’à un bar d’ailleurs, donc d’un bar-café où le client est entouré de chats qui, on l’espère, viendront ronronner à son oreille pendant qu’il boit sa verveine. Voilà, c’est tout. Mais c’est nouveau, enfin, de moins en moins. Pourquoi des chats et pas des chiens ? Je ne saurais le dire. Peut-être parce que les ronronnements sont réputés être plus agréables que les aboiements. Quoi qu’il en soit, vu le nombre de commerces qui utilisent cette formulation, je ne saurais trop mettre en garde les nouveaux commerçants qui souhaiteraient s’engager dans cette voie parce que le point de saturation n’est pas loin d’être atteint et, comme chacun le sait, en matière de mode, ce qui survient tout de suite après le point de saturation, c’est la ringardisation pure et simple. Quoi qu’on puisse penser de cette mode, il faut admettre que c’est un magnifique hommage à l’ancêtre de tous ces commerces, peut-être le plus vieux commerce du monde, l’indémodable bar à putes ! Bon, j’ai peut-être un peu fait échouer l’effet de surprise que la chute de mon billet était censée provoquer en choisissant cette photo que seuls ceux qui ont suivi la série « Les Soprano » pourront apprécier à sa juste valeur, mais je n’ai pas pu résister. Et paix à l’âme de James Gandolfini.


Vous avez aimé la résilience ? Vous adorerez le lâcher-prise

Je ne suis pas très amatrice de littérature sur le développement personnel. Pourtant, je suis certaine qu’il y a deux ou trois aspects de ma personnalité qui mériteraient d’être travaillés. J’ai bien dû lire ou commencer à lire « La puissance de votre subconscient » dans les années 80, mais je n’ai pas remarqué que des changements notables en aient découlé. Même sans s’intéresser de trop près à la psychologie populaire, on n’a pas pu passer à côté, ces dernières années, du mot résilience. Il n’y a probablement pas plus de personnes que d’habitude qui ont vécu ce processus, mais plusieurs ont appris qu’elles l’avaient vécu. Parce qu’enfin, même si le mot est récent, le phénomène n’est forcément pas nouveau puisque de tout temps, l’être humain a vécu des traumatismes et s’en est remis. La définition de ce mot est issue du phénomène physique du même nom qui consiste, pour un matériau quelconque, à reprendre sa forme initiale après avoir subi un choc. En tout cas, depuis quelques années tous les prétextes sont bons pour parler de résilience. Dès qu’une personne a vécu une épreuve et en est sortie sans trop de dommages, on parle maintenant de résilience. On se sent même un peu mal à l’aise si on n’a pas sa propre petite histoire de résilience à raconter. Les résumés de films et de livres sont d’excellents témoins de cette mode, parce que bien sûr, les histoires qui relatent des histoires de traumatismes font traditionnellement de bons sujets dramatiques. Mais, on ne m’enlèvera pas de l’idée que ce mot a été galvaudé et utilisé à toutes les sauces juste parce que ça donne l’air intelligent de le prononcer. Si bien qu’il est entré dans le langage courant. Je lisais il y a quelques semaines la chronique de Patrick Lagacé dans le quotidien montréalais La Presse dans laquelle il se payait la tête des parents qui se plaignaient de l’annulation de festivités d’Halloween dans les écoles cette année en guise de moyen de pression des enseignants contre les coupures imposées par le gouvernement dans l’éducation. Il a donné comme titre à cette partie de la chronique « restez résilients, les enfants ». Certes, c’était ironique, mais peu importe, je suis certaine qu’il y a 5 ans il aurait choisi un autre mot.

Lâcher prise psycho

Lâcher prise mandala

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Le domaine de la psychologie est également à l’origine de la popularisation, plus récente, d’un autre mot ou plutôt expression et un concept, soit le « lâcher-prise ». Selon le dictionnaire de français Larousse en ligne, le lâcher-prise est un « moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maîtrise. » On voit tout de suite l’idée et on comprend aussi pourquoi ce mot est si populaire en cette époque où tout repose sur des valeurs de réussite sociale et matérielle, où le bonheur consiste à atteindre un équilibre harmonieux entre la vie professionnelle et la vie privée, mais où rien n’est laissé au hasard. En effet, le temps consacré à la vie privée étant limité, sa réduction quantitative doit être compensée par une augmentation qualitative. En d’autres termes, ce n’est pas grave si on ne voit ses enfants et son conjoint que 75 minutes par jour, à condition que ces quelques minutes soient faites de temps dit « de qualité », c’est-à-dire de véritable présence, d’activités communes, d’échanges et en dehors de la présence de tout écran maléfique, bien sûr, sauf si tous se retrouvent ensemble devant le même écran et qu’il y a un « débriefing » collectif après. Et c’est l’exact contraire pour le temps passé au travail qui n’a pas besoin d’être du temps de qualité, là, la quantité demeure le seul étalon. De plus, les écrans ne sont pas proscrits, de sorte qu’on peut sans honte faire de petites digressions pour aller se balader sur Facebook, téléphoner à sa mère, faire sa liste de courses pour le super-drive, préparer les soldes sur le site de Zalando et regarder des vidéos de chats mignons, tant qu’on passe au moins 12 heures au bureau, personne ne trouvera rien à redire. Mais dans les deux cas, tout est très encadré et sous contrôle, les règles doivent être respectées. C’est pourquoi le concept de lâcher-prise peut être séduisant. On peut avoir envie de laisser ses enfants regarder « Les anges de la téléréalité » pendant qu’on se prend un mojito en préparant tranquillement le repas du soir bien isolé dans la cuisine… Il n’y a pas si longtemps, on aurait culpabilisé d’avoir une pareille attitude. Aujourd’hui, c’est parfaitement accepté parce que ça signifie qu’on a enfin réussi à lâcher prise ! Le lâcher-prise pourrait bien être tout simplement le droit de faire ce qu’on a envie de faire même si ce n’est pas moralement irréprochable, comme ne rester au bureau que 5 heures mais ne faire que travailler pendant tout ce temps. S’il faut avoir recours à un terme à la mode pour pouvoir enfin profiter de la vie sans culpabilité, eh bien ma foi, allons-y, lâchons prise !